Je crois que j’aime pas les discussions sur Internet

Voilà, c’est dit.

Pour développer un peu quand même : je crois que c’est une histoire d’échelle de temps. Dans la vraie vie, tu peux te taper des réunions pénibles, ou des gens pénibles, mais ça a une durée en général assez limitée (sauf éventuellement quand tu te tapes une réunion par semaine et que le même sujet revient toutes les semaines). En général ça dure deux heures et après c’est (relativement) fini.

Le problème des discussions sur Internet, en tout cas des mails ou des forums (c’est peut-être différent pour des chats ou twitter) c’est qu’il y a un « débat » en asynchrone : tu postes ce que tu as à dire, tu reviens quelques heures plus tard, tu lis les réponses, tu en fais une, etc.

Ce qui fait qu’une discussion peut durer des jours, des semaines, des mois, voire ne jamais s’arrêter. Et je trouve ça pénible, surtout que je suis du genre à réfléchir super longtemps à quelle réponse je vais faire, pour au final ne pas la faire, et du coup au lieu de me prendre la tête franchement quelques heures pendant une réunion, je passe mon aprèm’ sans internet à tourner en rond pour réfléchir à ce que je vais dire, etc.

Bref, c’est chiant.

Le pire, c’est que je crois que ce qui est dit par écrit me touche vachement plus que ce qui est dit à l’oral. Franchement  à l’oral , je suis capable de garder mon calme assez longtemps, de rester stoique y compris quand un type te gueule dessus pour dire de la merde. Mais par écrit ? J’ai tendance à me lever au milieu d’un texte, à devoir tourner en rond dans la pièce un moment, puis à tourner pour continuer. C’est pas juste pour les textes pourris, en plus : si je reçois un mail de quelqu’un que j’aime bien ça va me faire le même effet (en positif, au lieu de négatif, certes, mais j’ai l’impression que mes émotions sont finalement plus fortes dans ce genre de cas).

Le problème, c’est qu’à coté de ça je suis pas capable d’avoir ces discussions dans la vraie vie, vu que j’aime pas trop sortir en ce moment, que j’évite plutôt les réunions, etc. C’est embêtant. Je savais déjà que j’avais des problèmes à socialiser dans le monde réel, et je me disais qu’au moins Internet était une façon de combler à ça, mais au final je me demande si c’est vraiment mieux et pas plutôt pire.

Peut-être que je suis juste pas faite pour parler aux gens.

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La bouffe de Noël

J’ai beau ne pas être une grande fan des réunions familiales et ne pas être catholique, je crois que j’aime bien Noël quand même, finalement. Pour la simple et bonne raison que c’est un des moments de l’année où tu peux te faire péter le bide, et que c’est toujours ça de pris.

En plus, l’intérêt de Noël en famille, c’est de manger des trucs que je ne pourrais jamais me payer d’habitude, comme du foie gras. Oui, je sais, le foie gras c’est mal, en plus de tuer des animaux c’est de la cruauté en les gavant dans des élevages industriels merdiques, mais quand je vois les tranches sur la table je saute quand même dessus. Pour me déculpabiliser, j’essaie de me dire que de toute façon, la pauvre bête est morte, et que si j’en prends triple ration, c’est toujours ça que les hétéros n’auront pas.

Évidemment, Noël, c’est aussi la pelletée de  chocolats, de bûches, qui ont l’avantage de ne même pas poser de problème moraux. Et quand tout ça est fini, il y a toujours moyen de prendre un air triste et de dire «c’est bête, pour la fête des rois on ne sera pas en famille…», puis de suggérer d’un air innocent qu’à défaut, on peut au moins se manger une galette à la frangipane.

Le «backlash» de tout ça, c’est qu’après il faut se fader tous les gens qui se sont goinfrés aussi et qui viennent râler après : «oh, j’ai pris deux kilos, c’est horrible». Y compris des gens minces qui sont toujours aussi minces et qui viennent pleurer parce qu’ils ont pris un peu de gras.

Là, en tant que grosse, je serais, politiquement parlant, censée être tolérante et dire que oui, tout le monde a un rapport au corps différent et qu’effectivement ça peut être traumatisant de ne plus pouvoir rentrer dans du 36, mais franchement, j’estime qu’à force de ne pas trouver de fringues à ma taille, de me faire emmerder par les médecins et par la société de façon plus générale, et de me sentir comme une merde parce que je fais du XXL, j’ai gagné le putain de droit de ne plus avoir à entendre les jérémiades des minces n’ayant pas de trouble du comportement alimentaire, et qui, s’ils/elles sont vraiment si traumatisé/e/s que ça par leurs 500 grammes de trop, n’ont qu’à me filer leur part de bûche plutôt que de se plaindre.

Je suis une femme « grosse » et je soutiens le droit des femmes minces à des magasins non-mixtes

Cela fait un certain temps que j’ai ouvert ce blog, mais comme je ne mets pas grand-chose, j’ai l’impression que personne ne vient le voir, alors que j’avais ouvert un blog en me disant que je deviendrai rapidement une de ces stars du web.

Heureusement, j’ai compris que dans un certain milieu féministe, pour avoir de la notoriété, il fallait être prête à jouer les collabos pour que des gens te mettent une petite tape sur l’épaule et disent « c’est bien, elle a compris ». Pas que dans les milieux féministes, d’ailleurs, c’est aussi comme ça qu’il faut faire en tant que femme pour avoir une place dans les milieux militants : « ne vous en faites pas, je ne vais pas vous embêter avec mon féminisme, votre bureau politique est constitué à 100% de mecs mais je vous soutiens, vous avez le droit de faire ça ».

Donc voilà ma contribution, en espérant que cela me permettra enfin d’accéder à la reconnaissance tant convoitée, même si par rapport au texte que je plagie je n’ai pas la légitimé d’avoir été traduite par un mec éminemment proféministe, et par conséquent qui a bien plus de reconnaissance institutionnelle liée au féminisme que je ne pourrai jamais en avoir.

« Je suis une femme « grosse » et je soutiens le droit des femmes minces à des magasins non mixtes »

Avez-vous entendu parler d’Abercrombie & Fitch ? Cette chaîne de magasin a causé un scandale dans certains milieux bien-pensant en assumant qu’elle ne voulait pas habiller des obèses. Des personnes malveillantes ont appelé au boycott et à des actions.

Contrairement à la prétention des anonymes qui ont exercé ces pressions – allant jusqu’à  écrire des textes parlant de lance-flammes – en disant représenter la communauté féministe et des femmes grosses, voici ma lettre d’une femme grosse qui appuie et justifie le droit des femmes minces à se réunir entre elles et à avoir leurs magasins pour elles.

Les femmes grosses sont certes de sexe féminin, mais nous devons admettre que nous n’avons pas la même socialisation que les femmes minces. .Je me souviens encore de mon enfance, je connais mon corps, et je sais que je serai toujours différente d’autres femmes. Les femmes «minces» ont besoin d’un espace à elles, pour pouvoir notamment essayer leurs vêtements et exposer leurs corps sans craindre d’être exposées à nos bourrelets. Si les femmes grosses veulent être reconnues en tant que femmes, et particulièrement par les femmes minces, elles feraient mieux de soutenir réellement ces femmes. Cela signifie reconnaître que nous bénéficions de privilège car la plupart des hommes nous trouvent trop dégoûtantes pour nous draguer lourdement ; faire attention à ne pas enterrer la voix des femmes minces, et éviter de nous approprier des mots comme misogynie (qui désigne en réalité le viol et l’assassinat de femmes par des hommes, chaque minute de chaque jour) pour simplement signifier «je ne rentre pas dans une fringue».

Les femmes grosses qui arrêtent d’enterrer la parole des femmes minces découvriront probablement qu’elles ont soudainement beaucoup plus d’amies femmes, et qu’elles sont plus acceptées en tant que femmes. Soudainement, les opinions grossophobes de la petite minorité de femmes qui sont réellement grossophobes, plutôt que simplement critiques de l’obésité et promotrices d’une bonne santé, ne sembleront plus très importantes. Lorsque vous obtenez réellement une validation dans votre vie, l’existence de personnes intolérantes pèse moins lourd. Imaginez ça ! (C’est métaphorique, je ne vous demande pas d’imaginer à quoi vous ressembleriez après un régime, même si vous devriez peut-être commencer à y songer.)

Je sais que les enjeux liés au poids sont vraiment déroutants, mais lorsque des activistes s’approprient le langage de la justice sociale pour promouvoir leurs politiques misogynes, n’en soyez pas dupes, s’il vous plaît! Non seulement ces personnes enterrent-elles les voix des femmes minces, mais elles enterrent également les voix des femmes un peu rondes mais qui ont pu perdre suffisamment de poids pour être socialement assimilées aux femmes minces. Veuillez ne pas donner priorité aux objectifs égoïstes et égocentriques de ces personnes contre les droits des femmes minces.

Cordialement,

Une grosse anonyme qui appuie les femmes minces

 

Situez-vous, qu’ils disaient…

J’avais promis dans l’article précédent que je ferai un jour un article là-dessus, alors là je me suis dit que je n’avais qu’à commencer par ça. Avant d’expliquer pourquoi j’ai du mal avec l’espèce de truc qu’il y a à des moments dans certains espaces féministes de vouloir absolument «se situer» sur tout, je tiens à préciser que je ne remets pas en cause, fondamentalement, l’idée de position située, que nos situations sociales peuvent influer sur nos positions. J’admets tout à fait que si un mec me parle de féminisme, je ne l’écouterai pas forcément de la même manière que si c’est une meuf. Là où j’ai du mal, c’est avec les trucs où on est censée lister tout ce qu’on est : pour reprendre la phrase que j’ai écrite dans mon article précédent : «je suis une femme lesbienne valide, blanche, cis, de classe moyenne, végétarienne-mais-avec-exceptions, grosse mais moins que d’autres, jeune mais moins que d’autres, etcaetera.» Pourquoi ?

  1. Le «etcaetera». Ben oui, c’est con à dire, mais on oublie forcément des trucs, ou alors ça fait des tours de table très, très longs. Et du coup il y a un côté un peu faux-cul dans un milieu où on joue sur le «on ne hiérarchise pas», et de voir qu’en fait il y a des trucs qui passent à la trappe. En soi, ça ne me pose pas de problème, par exemple, de dire que dans tel groupe on va plutôt parler, mettons, racisme et sexisme et un peu moins du reste. Mais du coup quand il y a un tour de table où tout le monde se «situe» aussi exhaustivement que possible, et que par exemple il n’y a que des minces et que personne ne dit «mince», c’est pire que si on ne disait rien. Idem, je suppose, si t’es la seule vieille, qu’il n’y a que des jeunes qui ne vont pas le préciser, ou la seule handi et que personne ne pense à dire qu’elle est valide (ou la seule personne racisée et que personne ne pense à dire qu’elle est blanche, mais du coup — et là c’est moi qui fait peut-être de la hiérarchie des oppressions, tant pis —, là c’est plus «se situer», c’est du foutage de gueule.
  2. C’est lié au premier point, mais il faut essayer d’être aussi exhaustive que possible, à ce jeu-là. Par conséquent, tu commences par dire les deux/trois axes sur lesquels t’es opprimée, et ensuite tu joues à la bonne militante qui essaie de penser au plus d’axe d’oppressions possibles. «Hey, moi j’ai pensé à dire que j’étais cis et valide, vous avez vu comment je suis cool avec les trans et les handis ?»
  3. J’ai souvent entendu que c’était plus facile pour le dominant de ne pas se définir, et je pense que c’est vrai : un mec hétéro cis blanc valide peut se dire «je ne me définis pas, je suis un être humain», une meuf lesbienne trans noire et handie aura un peu plus de mal à jouer à ce jeu là, vu qu’elle risque d’être définie selon ces différents axes d’oppressions en permanence. Cela dit, je pense aussi qu’à des moments, c’est plus facile pour un dominant de se définir. Ce que je veux dire, c’est que quand tu te situes, soit on sait déjà que t’es concernée par certains axes (que ça se «voit» ou que ça se «sache»), soit t’es présupposée être en situation dominante (hétéro par exemple (sauf si t’es la seule hétéro dans un groupe homo, éventuellement), ou cis, ou…). Donc, quand tu te situes, soit ça ne sert pas à grand chose (ça correspond à ce que les gens pensent), soit ça fait que tu divulgues quelque chose  qui risque de changer le regard que les autres auront pour toi. Dans un cas, ça revient à dire ce qui paraît une évidence pour les autres, alors que dans le second, c’est un peu un coming-out.
  4. Lié au point 3, le fait qu’il y a des choses qu’il est plus acceptables, pour ne pas dire cool, de révéler que d’autres. Exemple : entre se situer en disant «je suis une lesbienne ; je me définis comme butch, plutôt genderqueer, et je me considère aussi comme transgenre» ou «là, je suis mince, mais c’est parce que j’ai eu un anneau gastrique et une liposuccion parce que je ne supportais pas mon corps en étant grosse ; sinon, je suis anorexique-boulimique», même si c’est la même personne qui le dit, je pense que ça sera pas vu exactement pareil.
  5. Je trouve parfois assez floue la différence entre «j’admets être en situation de privilège» et «je veux étaler ce privilège». En tout cas, sans forcément remettre en cause les intentions des gens, je ne suis pas persuadée que si tout le monde annonce avoir un bac+5 ça va forcément aider la seule personne qui n’a pas le bac plutôt que la faire sentir pouilleuse, Ou si tout le monde annonce être séronégatif, par exemple : est-ce que c’est pour se situer, ou pour dire «si t’as peur de coucher avec une personne séropo, ne t’en fais pas, moi je ne le suis pas» ?

Tout ça pour dire que j’ai un peu du mal avec certaines séances de «situationnisme». Je ne pense pas que ce soit fondamentalement à jeter dans la poubelle, mais il me semble que soit il faut des cadres de super confiance, soit ça ressemble plutôt à un côté «CV militant» au final assez vide de sens.

Par contre, autant je suis critique sur le fait de faire une «liste de situations» pour se présenter, autant je trouve important, en parlant d’un sujet donné (par exemple : homophobie), soit de se situer, soit d’assumer qu’en ne le faisant pas on risque d’être supposée en situation de privlège (y compris si ce n’est pas le cas et qu’on n’a juste pas envie de s’outer à un moment donné) et donc d’en tenir compte (par exemple, si je n’ai pas envie de me visibiliser comme
lesbienne, je vais plutôt parler des gays que des pédés et des lesbiennes que des gouines, parce que c’est des mots qui n’ont pas forcément le même sens venant d’une personne LGBT ou pas).

Hum, bonjour ?

C’est un peu difficile de faire un premier article sur un nouveau blog :s. J’imagine que je serais censée me présenter et expliquer ce que je prévois de mettre ici, mais j’ai un peu du mal à me présenter et je ne ne suis pas certaine de ce dont j’ai envie de parler. Je sais, c’est mal parti.

Commençons par la deuxième partie : j’espère parler féminisme, et peut-être sur l’oppression en tant que grosse, même si je ne suis pas sûre d’avoir tant que ça à dire sur le sujet à part que je ne rentre pas dans mes falzars.

Pour la première partie, je pourrais commencer par me situer socialement sur plein d’axes, mais j’avoue que ça me questionne ce truc de «il faut se situer c’est super important» placé comme truc suprême, genre je suis une femme lesbienne valide, blanche, cis, de classe moyenne, végétarienne-mais-avec-exceptions, grosse mais moins que d’autres, jeune mais moins que d’autres, etcaetera. Du coup, plutôt que me présenter, je vais me contenter de dire que j’essaierai de coucher sur clavier mes réflexions à ce sujet, un jour futur..